Les silicones sont omniprésents dans l’industrie cosmétique : shampoings, soins capillaires, crèmes, maquillage, produits solaires… Ils apportent brillance, sensorialité et douceur. Pourtant, ces ingrédients sont souvent critiqués pour leur impact environnemental. Pour comprendre leur rôle, il faut commencer par une question simple : les silicones existent-ils réellement dans la nature ?
Silicium, silice, silicone : trois notions à ne pas confondre
La confusion vient souvent de l’usage de termes proches. En réalité, ils désignent des éléments très différents :
1. Le silicium (Si) — un élément naturel
Le silicium est un élément chimique naturel, l’un des plus abondants sur Terre.
On le trouve dans :
- les roches,
- les sables,
- les argiles,
- de nombreux minéraux.
Il constitue la base de nombreuses ressources naturelles, mais ce n’est pas du silicone.
2. La silice (SiO₂) — un composé naturel
La silice est un minéral naturel composé de silicium et d’oxygène.
On la trouve dans :
- le quartz,
- les plages de sable,
- certaines plantes (bambou, prêle…).
C’est une substance naturelle, parfois utilisée en cosmétique (poudres, exfoliants).
3. Les silicones — des molécules synthétiques
Les silicones (ou polysiloxanes) sont des ingrédients fabriqués par l’homme, issus d’une transformation industrielle complexe du silicium.
Ils n’existent pas naturellement dans l’environnement.
Ce sont des ingrédients synthétiques, même si leur matière première d’origine (le silicium) est naturelle.
Présence des silicones dans la nature : un mythe à déconstruire
Contrairement à certaines idées reçues :
- les silicones ne se forment pas naturellement,
- ils n’apparaissent pas spontanément dans les sols, les plantes ou l’eau,
- ils ne sont pas biodégradables biologiquement (au sens classique).
Ils ne peuvent exister que suite à un processus industriel en plusieurs étapes : réduction du quartz, fabrication de silanes, polymérisation…
C’est pourquoi ils sont considérés comme non naturels, même si leur structure repose sur l’élément silicium.
Pourquoi utilise-t-on autant de silicones en cosmétique ?
Les silicones ont des propriétés très recherchées par les formulateurs :
- Texture soyeuse et glissante
- Effet lissant sur les cheveux et la peau
- Meilleure répartition des produits (solaires, maquillages)
- Résistance à l’eau
- Stabilité thermique et chimique
Ce sont des ingrédients sûrs du point de vue toxicologique pour la peau.
Quels impacts environnementaux ?
L’enjeu n’est pas la toxicité directe, mais la persistance :
1. Non-biodégradabilité
Les silicones ne se dégradent pas facilement par les micro-organismes.
Ils peuvent persister longtemps dans :
- l’eau,
- les sédiments,
- les stations d’épuration.
2. Accumulation potentielle dans les écosystèmes
Certains silicones volatils (D4, D5, D6…) ont été étudiés pour leur potentiel :
- d’accumulation,
- de bioaccumulation,
- d’effet sur les organismes aquatiques.
Cela a conduit à des restrictions réglementaires, notamment en Europe (Règlement Cosmétique, REACH).
3. Impact limité sur la faune terrestre
Les silicones non volatils (comme la dimethicone) présentent un risque environnemental plus faible, car ils se fixent sur les boues des stations d’épuration et sont peu mobiles.
Alternatives durables aux silicones
L’industrie cosmétique évolue vers des solutions plus responsables :
- esters d’origine naturelle
- huiles végétales modifiées
- alcane végétal issu de fermentation (C13-15 alkane biosourcé)
- polymères d’origine naturelle
- émollients 100 % biosourcés
Ces alternatives tentent de reproduire la sensorialité des silicones sans leurs effets environnementaux.
Conclusion
Les silicones ne sont pas des substances naturelles : ils sont synthétiques, même s’ils dérivent du silicium présent dans la croûte terrestre. Leur utilisation en cosmétique s’est largement répandue grâce à leur efficacité et leur sécurité cutanée.
Mais leurs impacts environnementaux — principalement liés à leur persistance — poussent l’industrie vers des formulations plus durables et des alternatives innovantes.
Les silicones restent donc au cœur d’un enjeu clé : comment concilier performance cosmétique et respect de l’environnement ?